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Plongez dans l’actualité, les infos, de l’époque du costume porté : 1910

 

1910

 

 

 
 
Lévénès de Cléden Porter la mémoire.
 

Porter la mémoire.

Le costume de Gaël ne doit rien au hasard. Il est né d’un constat simple : pendant des années, il a porté des tenues empruntées, mal ajustées à sa grande taille, notamment lors des pardons de Saint-Pierre-Quiberon et de Quiberon. Des vêtements trop courts, disproportionnés, en décalage avec les usages. En 2010-2011, il fait donc réaliser un costume sur mesure, accompagné par Jean-Paul Le Blaye, pour retrouver à la fois justesse et authenticité.

La confection obéit à des règles strictes. Chaque détail est codifié : le nombre de plis de la veste, la largeur du velours, les proportions générales. Le velours, justement, n’est pas qu’une matière : il indique un rang social. Ici, son abondance, associée à la richesse des broderies, situe le costume dans celui d’une personne aisée. Le pantalon, à pont, sans ceinture, fermé uniquement par des boutons, reprend un modèle ancien proche de la marine. Sa structure impose une précision absolue : la pointe de la chemise à plastron, entièrement plissée et fermée par des boutons en nacre, doit s’insérer exactement dans le pont.



 

Sur la veste, les initiales de Gaël sont brodées pour éviter toute confusion lors des rassemblements. À l’intérieur, une croix dorée rappelle l’usage du costume lors des pardons et son ancrage religieux. Les boutons, eux, ont demandé une recherche minutieuse : anciens, en verre noir de jais, sans plastique, tous identiques, ils ont été réunis en nombre — près d’une trentaine — pour habiller veste et gilet. Une châtelaine complète l’ensemble, prévue pour une montre gousset, même si celle-ci n’est pas portée en danse.

 

Mais c’est la broderie qui donne au costume sa profondeur. Réalisée en environ 150 heures, en fils de soie et fils d’or, elle repose sur une structure ternaire — clair, intermédiaire, foncé. Les motifs floraux y déclinent trois états : le bourgeon, l’éclosion, la maturité. Ils portent aussi une mémoire familiale. Les bleuets évoquent la grand-mère paternelle. Le lys rosé renvoie au grand-père originaire de Houat, le blanc ayant été écarté car jugé trop virginal pour un costume masculin. Le fond noir, dominant, fait écho au deuil porté par cette grand-mère après l’exécution de son mari, résistant fusillé en 1944, qu’elle conserva jusqu’à sa mort en 1970.

 
 

Le chapeau prolonge cette lecture. Ses guides, longs des deux tiers du dos, respectent un usage normé et signalent une certaine aisance. Mais un détail se distingue : un double guide, en tissu légèrement moiré, rare sur la presqu’île de Quiberon. Peu documenté, il est néanmoins attesté sur des pièces anciennes et pourrait être lié à une corporation, peut-être celle des meuniers ou des chartiers. Gaël choisit de le conserver, dans une volonté de transmission, aux côtés de ceux qui perpétuent aujourd’hui ces formes anciennes.

 

Ce choix fait écho à son histoire familiale. Il descend de meuniers, dont Julien Le Bourges, installé à Houat à la fin des années 1820. Celui-ci participa à la construction d’un moulin à vent, fournissant le bois quand la communauté apportait les pierres, en échange d’un demi-loyer. Le moulin fonctionna jusqu’au début du XXe siècle avant de disparaître avec la modernisation. Il n’en reste qu’un fût de pierre.

Ainsi, chaque élément du costume — du velours aux broderies, du pantalon au chapeau — s’inscrit dans un ensemble cohérent. Un vêtement qui assemble règles sociales, techniques anciennes et mémoire familiale, jusque dans ses détails les plus discrets.

 

 

Ker 1856.

À Saint-Pierre-Quiberon, l’association « Ker 1856 » s’est donné une mission précise : capter ce qui ne se voit pas. Fondée à Pâques 2021 par Gaël et trois autres membres, elle délaisse volontairement le patrimoine matériel déjà identifié — menhirs, chapelles, puits — pour se consacrer à la mémoire immatérielle de la commune. Son objectif est clair : recueillir les récits de vie des habitants et les transformer en contenus écrits accessibles.

Dès le départ, le cadre est exigeant. Deux articles et trois brèves sont publiés chaque mois. Les premières reposent principalement sur des entretiens menés au domicile des habitants, parfois après de longues démarches. Les secondes valorisent des anecdotes plus courtes, issues d’échanges informels. Les archives viennent compléter ce travail, mais rien n’est diffusé sans validation des familles concernées.

En quatre ans, plus de cent cinquante publications ont vu le jour. L’association, initialement composée de quatre membres, rassemble désormais environ deux cent dix adhérents dans une commune qui compte près de deux mille habitants. Son périmètre historique s’étend de 1856 — date de création de Saint-Pierre-Quiberon — à 1956, avec quelques incursions jusqu’aux années 1970, sans dépasser cette limite. Ce cadre temporel donne son nom à l’association, où « Ker » renvoie au lien social autant qu’au village.




Ker 1856

Au-delà du numérique, « Ker 1856 » cultive la rencontre : galettes des rois, cafés, tables rondes, projections lors des Journées du patrimoine. Un livre est envisagé pour 2027, à partir des archives accumulées. L’ensemble s’inscrit dans une approche vivante, où outils numériques et formes contemporaines servent une même ambition : rendre cette mémoire partagée accessible au plus grand nombre.


 

Tiré du Barzaz-Breiz, un recueil publié en 1839 par Théodore Hersart.

 
 
Lévénès de Cléden Au moulin.
 
 

Quiberon

 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
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